Publié le 17 mar 2025Lecture 4 min
Myélome multiple chez les patients âgés de ≥ 80 ans : l’efficacité des nouveaux agents thérapeutiques en vie réelle
Sylvie LE GAC, Courbevoie

L’étude EMMY a inclus des patients âgés de ≥ 80 ans atteints de myélome multiple nouvellement diagnostiqué (NDMM) ou en rechute/réfractaire (RRMM), afin d’évaluer l’efficacité des nouveaux agents thérapeutiques en vie réelle. Les résultats montrent une survie plus courte avec l’avancement des lignes de traitement, bien que les nouveaux traitements améliorent les taux de réponse. L’étude souligne l'importance de mieux comprendre la prise en charge des patients très âgés et encourage les essais cliniques ciblés pour cette population.
L'incidence et la prévalence du myélome multiple (MM) ont augmenté en raison de la survie prolongée des patients et de l'amélioration de l'espérance de vie de la population générale. Les patients âgés constituent une population difficile à prendre en charge, en raison état général (PS pour performance statut) particulièrement altéré et d'un plus grand nombre de comorbidités (insuffisance rénale, dysfonction cardiaque ou cognitive), qui sont classiquement exclues des essais cliniques. Pourtant, la fragilité est devenue un facteur clé dans le choix du traitement le plus efficace et le mieux toléré.
Au cours des deux dernières décennies, le développement de nouveaux agents a considérablement amélioré le pronostic et la survie des patients atteints de myélome multiple (MM). Cependant, les patients non éligibles à la transplantation (NTE) ne semblent pas avoir bénéficié du même degré d’amélioration des résultats en termes de survie que les autres patients. Les thérapies combinant un anticorps monoclonal anti-CD38, un agent immunomodulateur (IMiD) et/ou un inhibiteur du protéasome (PI) ont permis d’augmenter les taux de réponse et de survie sans progression (PFS) chez les patients NTE atteints de myélome multiple nouvellement diagnostiqué (NDMM).
Dans l’étude MAIA, 44 % des patients étaient âgés de ≥ 75 ans et 20 % de ≥ 80 ans, avec un bénéfice clinique significatif de la combinaison triplette, indépendamment du statut de fragilité. Les essais cliniques commencent à inclure des patients fragiles afin de mieux comprendre et décrire l’efficacité et la tolérance des nouveaux agents. Cependant, les patients âgés continuent d’avoir une survie plus courte que les patients plus jeunes, ainsi qu’une tolérance réduite aux traitements et une qualité de vie en déclin.
EMMY (Epidemiology of Multiple MYeloma) est une étude de cohorte à grande échelle dont l’objectif a été d’évaluer l'épidémiologie et la prise en charge en vie réelle du myélome multiple (MM). L'utilisation en vie réelle et l'efficacité des traitements (à l’ère des nouveaux agents thérapeutiques) chez les patients atteints de myélome multiple nouvellement diagnostiqué (NDMM) et/ou en rechute/réfractaire (RRMM) âgés de ≥ 80 ans, a été décrite.
Quatre cohortes de patients âgés de ≥ 80 ans ont été analysées en fonction de la ligne de traitement initiée au cours de leur suivi : ligne 1 (L1), L2, L3 ou L4+. Les traitements anti-myélome ont été regroupés en schémas thérapeutiques en doublette ou triplette, schémas à base d’anti-CD38, IMiD, PI, IMiD/PI et agents alkylants. Le délai médian avant le traitement suivant (mTTNT), la survie médiane sans progression (mPFS) et la survie médiane globale (mOS) ont été évalués en mois.
Au total, 4 383 patients entre 2017 et 2021 ont été inclus dans l’étude EMMY. Parmi eux, les patients âgés de ≥ 80 ans représentaient 20,8 % (n = 412) en L1, 21,3 % (n = 209) en L2, 20,9 % (n = 127) en L3 et 17,8 % (n = 145) en L4+.
La survie médiane sans progression (mPFS) était de 18,4 mois (IC 95 % : 15,2 ; 22,4) en L1, 15,1 mois (IC95% : 11,9 ; 16,9) en L2, 10,4 mois (IC95% : 8,9 ; 11,9) en L3 et 6,5 mois (IC95% : 5,4 ; 7,2) en L4+. La survie globale médiane (mOS) était de 49 mois en L1 (IC95% : 38,5 ; non atteint), 31,3 mois en L2 (IC95% : 27,4 ; 42,6), 21,4 mois en L3 (IC95% : 18 ; 25,6) et 13,6 mois en L4+ (IC95% : 11,9 ; 15,6) (figure). Les décès sont survenus chez 141 patients (34,2 %) en L1, 156 patients (41,6 %) en L2, 147 patients (51,8 %) en L3 et 300 patients (60,1 %) en L4+.
Figure. A. Survie sans progression (PFS). B. Survie globale selon les lignes de traitements.
© Chalopin T et al. Clin Lymphoma Myeloma Leuk 2025 ; 25(2) : e103-e109.
Les patients en L1 ont reçu davantage de traitements incluant un inhibiteur du protéasome (PI) (42,9 %). Les patients en L2 ont principalement reçu un immunomodulateur (IMID) (65,9 %) ou un anti-CD38 (31,5 %). En L3, un IMID a été utilisé dans 71,4 % des cas, suivi d’un anti-CD38 (33,5 %). Les patients en L4+ ont reçu un PI (40,6 %), un IMID (33,2 %) ou un anti-CD38 (29,1 %).
En conclusion, la cohorte EMMY a confirmé que les patients âgés de ≥ 80 ans représentent une proportion importante des patients atteints de myélome multiple, que ce soit en situation de diagnostic initial ou de rechute. Cette étude a rapporté une description de la fragilité basée sur le score ECOG PS, les comorbidités et l’indice de Charlson (CCI). Cette évaluation semble recommandée en raison de son impact sur le choix thérapeutique des médecins, la prise en charge globale et les aspects médico-économiques. Pour les auteurs de ce travail, les patients âgés de ≥ 80 ans devraient bénéficier des nouveaux agents thérapeutiques et voir leur survie ainsi que leur taux de réponse s’améliorer. Les résultats des essais cliniques ciblés sur cette cohorte de patients particulièrement complexe sont attendus. La cohorte EMMY constitue une étape clé pour améliorer notre compréhension et la prise en charge des traitements chez les patients âgés de ≥ 80 ans.
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